Une image mythologique de Francis Bacon

13 novembre 2010
By Annie Mavrakis
Etude de George Dyer assis

On trouve dans ce tableau non seulement une « étude » de GD tel qu’il a été photographié, en slip, la jambe droite ramenée sur la gauche, c’est-à-dire un portrait au sens baconien du terme mais aussi une image véritablement mythologique. Rien n’est à considérer ici comme anecdotique en effet. Le journal froissé est apparu dans les toiles après le suicide de George Dyer. Je le tiens pour la version baconienne de l’oracle antique, aussi incompréhensible que celui que prononçait la Pythie et aussi inévitable que lui. A partir d’un certain moment l’image de GD apparaît avec l’annonce de sa mort dans le journal mais nul ne peut la déchiffrer encore. La figure assise est au centre d’un cercle qui est encore une version d’autre chose : le tapis pourpre que  Clytemenestre a étalé sous les pieds d’Agamemnon à son retour de Troie avant de le piéger dans son bain.
Au journal froissé et illisible et au cercle sanglant, s’ajoute la porte entrebâillée qui va bientôt se refermer sur la figure, un peu comme les panneaux latéraux d’un triptyque ancien, peints sur les deux faces, engloutissent une fois refermés la première image. Bientôt on ne verra plus que ce nouveau tableau à fond bleu ciel évoquant un miroir où se reflètent des parties de l’ancien tableau à gauche et on ne sait quoi à droite. L’ensemble s’inscrit dans un cube invisible que j’ai identifié comme équivalent de l’eccyclème antique, ce dispositif mobile où l’on disposait avant de l’amener devant le public quelque chose qui jusque-là était dissimulé à l’intérieur de la skéné.

 

Tags: , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

En savoir plus

Commander chez l'éditeur