La peinture de Francine Van Hove

19 mai 2011
By Annie Mavrakis

Bien que le tableau ci-dessus ne soit pas exposé actuellement à la Galerie Blondel, je l’ai choisi parce qu’il illustre bien ce qui depuis longtemps m’enchante chez ce peintre. Ses cadrages, ses figures féminines mélancoliques, son coloris délicat, des gris et des blancs sur lesquels tranche parfois un bleu sombre (comme ici) ou un noir et surtout sa lumière à la fois vraie et très étrange. Dans l’exposition qui se tient actuellement, rue Vieille-du-Temple, « Matins », cette sobriété septentrionale (on pense à Hammershoi) est relevée par quelques taches de couleur vive, piles de coussins sur lesquels ses personnages appuient leur tête, turbans ou broderies d’un châle Second Empire de soie blanche. Cette fois, les modèles sont moins rêveurs qu’absorbés dans la contemplation d’un spectacle, et alors comme absents d’eux-mêmes et – plus qu’à l’ordinaire – offerts à notre délectation. Ici une jeune femme tourne distraitement une cuillère dans un bol un peu ébréché ; là une autre presse contre sa poitrine une pile de coussins. Quelques-unes lisent comme le modèle du carton de l’exposition, grandeur nature : on dirait qu’elle est venue s’allonger à nos côtés. La plupart sont assises et regardent la télé, un vieux poste blanc récemment importé dans l’univers de Van Hove (et van hovien en diable) comme le paravent de miroirs qui lui avait donné lieu ces dernières années à des jeux de reflets d’autant plus vertigineux qu’ils redoublaient d’autres effets de duplication : modèle dans la pose même de l’étude épinglée derrière elle et autre savantes mises en abyme, parfois à l’intérieur d’une même toile. Dans le troublant tableau reproduit sur l’affiche de l’exposition en cours (qui ferme le 21 mai, s’y précipiter, donc!), le regard du modèle est si fixe qu’il se perd et nous noie avec lui. Van Hove ne craint pas les agrandissements, bien au contraire. Vue de près, la chair rosit, les mains merveilleusement dessinées sont vivantes.  Il y a un tableau véritablement vermeerien que j’aime tout particulièrement où le modèle est assis sur un sol de tomettes anciennes, le corps abandonné, les mains au repos. Sa robe noire est un peu en désordre et comme elle est sous une fenêtre, un rectangle de lumière vient se dessiner sur son corps. 
D’exposition en exposition, Van Hove affine sa touche et enrichit, approfondit son univers. Elle est de ces rares artistes qui se moquent bien d’être contemporains et y parviennent avec éclat. Car les personnages qui peuplent son oeuvre sont d’aujourd’hui mais exactement comme étaient de leur temps les créatures de la peinture hollandaise de genre : on croit les reconnaître, elles sont là devant nous mais elles sont introuvables ailleurs que dans la peinture.

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2 Responses to La peinture de Francine Van Hove

  1. siguret on 10 novembre 2015 at 13 h 37 min

    où pourrais je voir des tableaux de Francine Van Hove?
    merci

  2. Annie Mavrakis on 21 novembre 2015 at 14 h 28 min

    Je suppose qu’il faut surveiller le calendrier des expositions.
    La Galerie L’Œil du Prince (http://www.galerie-l-oeil-du-prince.com/fr/contact/) annonce une expo Francine Van Hove du 4 au 14 février 2016 (7 rue de l’Odéon) puis du 16 au 24 février 30 rue Cardinet (17e).

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