Notes sur « Le mot joie », un texte de Philippe Jaccottet

26 janvier 2012
Par Annie Mavrakis

Comment, dans l’imagination des poètes, les mots résonnent-ils avec les choses, comment se travaille pour chacun d’entre eux la coïncidence du signifiant donné, commun, avec un référent lui-même métamorphosé? Bref, comment les choses du monde trouvent-elles chaque fois dans le poème un nom spécial, imprévu, irremplaçable? C’est une question rarement traitée par les poètes eux-mêmes, jaloux de sauvegarder ce mystère ou peu curieux peut-être de l’approfondir. On sait que Mallarmé a évoqué, à propos du mot  »fleur » qui ne suscite que « l’absente de tout bouquet », l’interruption de la référence, dont il se félicitait d’ailleurs comme d’une condition de l’assomption du signifant poétique. On connaît aussi ses rémarques sur « jour » et « nuit » (voir sur ce point la belle étude de Genette dans Figures II). On doit aussi à Proust des pages éclairantes sur la...
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La peinture de Bacon dans « Last tango in Paris »

7 janvier 2012
Par Annie Mavrakis
La peinture de Bacon dans « Last tango in Paris »

Le dernier tango à Paris est sorti en 1972, un an après la première rétrospective de l’oeuvre de Bacon au Grand Palais. Bertolucci y conduisit Marlon Brando, dit-on, pour qu’il s’imprègne de l’atmosphère de cette peinture. Il est assez visible que non seulement toute l’esthétique de ce chef-d’oeuvre cinématographique est marquée par l’univers de Bacon, mais que surtout le jeu de Brando, la façon dont il a travaillé son personnage sont fortement influencés par ce qu’il a vu au Grand Palais  (Bertolucci : « Avec Bacon, vous voyez les gens exposer littéralement leurs entrailles puis se maquiller avec leur propre vomissure : j’ai senti cette même démarche en Brando. ») Bertolucci affiche explicitement la référence puisqu’il fait figurer en ouverture de son film deux de lui ,...
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Deux tableaux et un sonnet (Emmanuel Lansyer / Hérédia)

28 août 2011
Par Annie Mavrakis
Deux tableaux et un sonnet (Emmanuel Lansyer / Hérédia)

  La belle et intelligente expo « De Turner à Monet » (jusqu’au 4 septembre à Quimper, Musée des beaux-arts) mérite le détour ne serait-ce que parce qu’on y découvre quelques peintres de paysage (Lansyer, Blin, Penguilly l’Haridon et d’autres) quasiment inconnus tant leur travail a été écrasé par la vogue impressionniste. L’art de capter avec précision les impressions fugaces, la subtilité du coloris sont, chez ces artistes dont j’ignorais à peu près l’existence, tout à fait extraordinaires. Les toiles de grand format mais aussi les carnets de dessins et d’esquisses à la plume, à la gouache, qui témoignent d’une fréquentation assidue du motif, ravissent les visiteurs. Pour qui aime les grèves et les falaises de Douarnenez ou du cap Sizun mais ne sait que les regarder, quel bonheur de les...
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Devant le tableau : une lecture des « Onze » de Pierre Michon (« Poétique » n°161)

12 août 2011
Par Annie Mavrakis
Devant le tableau : une lecture des « Onze » de Pierre Michon (« Poétique » n°161)

  « Qu’est-ce qu’un grand peintre ? » se demandait Pierre Michon au temps de Maîtres et Serviteurs. De quoi est faite l’exception mystérieuse qui constitue un maître ? Comment devient-on Goya, Watteau, Van Gogh ? Dans Les Onze, l’auteur semble revenir sur cette énigme lorsqu’évoquant « cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres », il glisse le nom du personnage fictif des Onze dans la litanie de ceux qui sont « plus qu’ils ne furent » : « Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh » (pp. 65-66). Est-ce à dire que l’ancien questionnement reste à l’ordre du jour ? Certes, le lecteur de Michon croit se trouver dès les premières pages...
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Nouvelles réflexions sur « Raturer outre » (en réponse à Egolithe)

26 juillet 2011
Par Annie Mavrakis

Mon petit texte sur Raturer outre écrit certainement trop vite – le blog est pour moi un lieu de réactions quasi instantanées, textes d’humeur ou déclarations d’amour, alors que ce qui est destiné à la publication, livres ou articles, est plus longuement médité – a attiré l’attention d’autre un amateur de poésie à l’étrange pseudonyme gréco-latin ou chrétien (Ego-lithe = « je suis Pierre » ?). Il y répond par deux textes intéressants que je n’ai eu que très récemment le temps de regarder en détail. Les objections et les précisions d’Egolithe (notamment sur les sonorités) sont généralement justes et je le remercie de les avoir formulées. En  attendant un prochain texte sur Bonnefoy qui est pour moi, dans ses poèmes et ses essais, la référence absolue,...
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Pourquoi je n’aime pas Lucian Freud

22 juillet 2011
Par Annie Mavrakis

Je n’ai jamais eu envie d’écrire sur Lucian Freud et encore moins après la grande expo de Beaubourg, qui m’a confirmée dans mon indifférence à l’égard de ce peintre. Mais comme il vient de mourir et que l’on entend son éloge sur toutes les ondes – en attendant la presse -,  je m’interroge sur les raisons pour lesquelles cette œuvre figurative me laisse si froide alors que celle des deux artistes qu’on lui associe habituellement, Bacon et Giacometti me touche énormément et m’intéresse, surtout celle de Bacon, à laquelle j’ai consacré plusieurs textes (et un livre non publié). J’ai regardé attentivement les tableaux de Freud à Beaubourg. Certains ont quelque chose sans doute, qui va au-delà de l’impression générale déprimante qui ressort de l’ensemble....
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LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

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