Michelet dans Michon

7 juin 2009
By Annie Mavrakis

J’ai commenté dans un article sur les trois premiers chapitres des Onze (« Corentin le fils, le sixième de peintre de Pierre Michon », Dalhousie French studies, n°87) cette merveilleuse phrase du chapitre III à propos de Couthon : « Au beau milieu de l’éclat jaune Couthon, dont on a un drame plein de sesibilité et de larmes (vous en avez déjà oublié le titre, Monsieur, que pourtant vous avez lu dans la petite antichambre), larmes et sensibilité prodiguées pour rien dans la noire Clermont d’Auvergne, pour des publics de basalte… ». 

Voici mon commentaire :                                                

« Quant à l’infirme dans son halo jaune, « solaire », Couthon, auteur « d’un drame plein de sensibilité et de larmes […], larmes et sensibilité / prodiguées pour rien / dans la noire  Clermont d’Auvergne / pour des publics de basalte » (28), la phrase qui lui est consacrée résume magnifiquement son destin : le boitement des impairs (7/5/7/7) cassant l’ampleur pleine d’espoir des 12 syllabes initiales. »

Or, en lisant l’Histoire de la révolution française de Michelet (Bibliothèque de la Pléiade, vol 2, page 597), je tombe par hasard sur cette phrase :  » Couthon, comme Robespierre, avant 89, était un philanthrope, bien plus qu’un révolutionnaire. On a de lui un drame [qu'il écrivait alors], plein de sensibilité et de larmes, dans le genre de La Chaussée. » Il faut être Michon pour détecter dans les milliers de pages de Michelet ce quasi alexandrin et en faire le résumé des espoirs de jeunesse de l’écrivain Couthon, espoir brisé ensuite dans le ryhtme même de la période. C’est magnifique.

Tags: , ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

En savoir plus

Commander chez l'éditeur