Judith ou Salomé?

14 février 2010
By Annie Mavrakis

  

Ce tableau d’un petit-maître (petite maîtresse?) du début du XVIIe siècle, Fede Galizia, illustre bien le phénomène constant de transfert de motifs d’un sujet, en l’occurrence l’histoire de Judith de Béthulie à un, voire à plusieurs autres, transfert qui traduit de la part de l’artiste une souveraine indifférence à l’égard de ce qui n’est pas effet plastique. Cette Judith met en scène le moment où Judith tend à sa servante la tête  Holopherne, l’ennemi de sa ville et de sa foi, qu’elle vient d’exécuter après l’avoir séduit et enivré. L’artiste a représenté la tente où le Général s’est retiré avec sa belle visiteuse. Judith porte, bien visible, son attibut, l’épée qui la fait entrer dans plusieurs paradigmes comme la Justice ou la Force. C’est ici un petit cimeterre oriental évocateur du contexte de l’histoire. Jusqu’ici tout est conforme. En revanche, le plat présenté par la servante vient de l’iconologie de Salomé, autre céphalocope (coupeuse de tête) célèbre qui réclama comme on sait la tête de Saint-Jean Baptiste sur un plateau. Quant à la servante, elle n’a aucune raison d’être si âgée. Au contraire, pour son expédition nocturne jusqu’au camp des assiégeurs de Béthulie, Judith a plutôt besoin d’être secondée par une femme solide. Et d’ailleurs le texte de Judith le suggère, si bien que la plupart des peintres ont représentée sa jeune acolyte comme son double (plus modestement vêtue). La soudaine et hyperbolique vieillesse de la servante, son « type » très particulier s’explique pourtant. Au moment où Galizia Fede réalise son tableau, le Caravage vient de peindre sa célèbre Judith, et elle est accompagnée d’une très vieille servante. D’où peut-être le changement dans l’iconographie. Mais celui-ci doit aussi être expliqué. J’y reviendrai bientôt.

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