Un sonnet cubiste d’Aragon

18 mars 2011
Par Annie Mavrakis

« Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques », disait André Chénier. Voici un bel exemple de collision/collusion du moderne et de l’ancien tous deux à leur comble : sonnet virtuose, à la fois précis et délicieusement décalé, avec ses alexandrins improbables (Brno : 1 ou 2 syllabes?) et retombant artistiquement sur leurs pieds ; collage jubilatoire d’éléments hétéroclites, « pot-pourri » conforme au programme annoncé par le titre puisque cet hymne à la radio convoque l’ancienne prosodie avec ses diérèses, ses -e articulés devant consonnes et ses liaisons, la mythologie, la géographie de guerre et ses noms propres imprononçables, la publicité, les sigles, etc.  Et le plaisir naît précisément de ce jeu avec les codes familiers qu’il faut connaître à fond pour ainsi détourner. On se délecte en particulier de la rime...
Lire la suite »

Autour de « La Figure du Monde » : ut pictura poesis et ressemblance

13 mars 2011
Par Annie Mavrakis

Voici le texte de la conférence donnée le 12 mars 2011 au séminaire de l’Atelier de Recherche Clinique et Conceptuelle animé par Olivia Todisco (Association Psychanalytique de France) autour de l’image et du mot. Cette séance était consacrée à une présentation de mon livre La Figure du Monde (paru chez L’Harmattan en 2008). A la demande d’Olivia Todisco, j’ai proposé un historique rapide de l’Ut pictura poesis (tiré pour l’essentiel de la première partie du livre) ainsi que quelques réflexions sur la représentation et la délégitimation de la figuration, envisagées au travers du concept de « ressemblance ». Je dirai pour commencer un mot sur le projet de ce livre. Ce qui m’a frappée quand j’ai commencé à travailler sur des œuvres littéraires particulières, comme celle de Proust, de...
Lire la suite »

Relisant « Le Roi vient quand il veut » de Pierre Michon

8 février 2011
Par Annie Mavrakis

Relisant Le Roi vient quand il veut, recueil d’entretiens donnés par Pierre Michon (Albin Michel, 2007, récemment réédité en poche) pour un article en cours,  je suis frappée de nouveau par la richesse de ce livre, par la pertinence des questions posées. On est loin du journalisme ressassant. Michon y parle avec précision de son travail, de la façon dont, avec Les Vies minuscules, il a « sauvé sa peau », de certains de ses projets, du « roi » littérature, qui « vient quand il veut ». On apprend qu’il ouvre des carnets pour chaque livre et comment il les utilise puisqu’il en commente plusieurs pages (reproduites au chapitre 21). C’est absolument fascinant ce terreau littéraire de phrases, de rapprochements inattendus, de mots mis en attente : termes de métier dont la...
Lire la suite »

Proust pour les nuls

4 février 2011
Par Annie Mavrakis

Je n’aurais jamais songé à parler de ce téléfilm – ni même à le regarder – si des journalistes, sans doute soulagés de voir l’auteur de la Recherche soudain mis à leur portée, n’en avaient fait l’éloge. Nina Companeez faisant mieux que Visconti, Schlöndorf ou Ruiz ? On est tout de même curieux de voir ça… L’ensemble, malgré Eric Ruf élégant et désabusé (Swann, une seule trop brève apparition), malgré aussi l’étonnant Charlus de Didier Sandre (que fait le grand acteur vitezien dans une pareille galère ?), est exaspérant de sottise satisfaite. Tout le monde minaude, même la grand-mère du narrateur qui n’est bien qu’au moment de son agonie. Dominique Blanc en Mme Verdurin devenue princesse de Guermantes est impayable. Le pire est Micha Lescot qui...
Lire la suite »

Encore un sonnet de Borges : « Echecs » II

4 février 2011
Par Annie Mavrakis
Encore un sonnet de Borges : « Echecs » II

Je ne résiste pas au plaisir de recopier le deuxième sonnet sur les échecs dans la traduction cette fois encore de Jacques Ancet. Et j’en profite pour reproduire cette photo de Borges, en roi inattendu de l’échiquier poétique…                                                                                              Roi faible, torve fou, et acharnée, La reine, tout directe et pion malin Sur le noir et le blanc de leur chemin Cherchent et se livrent un combat concerté.    Ils ne connaissent pas la primauté De la main qui gouverne leur destin, Ils ignorent qu’une rigueur sans frein Commande leur journée, leur liberté     Le joueur lui aussi est prisonnier (Omar l’a dit) d’un tout autre échiquier...
Lire la suite »

Un tercet de Yeats (pour servir d’exergue)

4 février 2011
Par Annie Mavrakis

  Sur notre temps asphyxié et asphyxiant : ce tercet intitulé « Trois mouvements », trouvé dans L’Escalier en spirale et autres poèmes (traduction J.-Y. Masson, chez Verdier, p 48-49) : « Sakespearian fish swam the sea, far away from land; Romantic fish in nets coming to the hand; What are all those ffish that lie gasping on the strand? » (Le poisson shakespearien nageait en pleine mer, loin de la terre; Le poisson romantique nageait dans les filets ramenés à la main; Quels sont tous ces poissons qui gisent suffoquant sur le rivage?)
Lire la suite »

Ouvrage paru

Annie Mavrakis, La Figure du monde. Pour une histoire commune de la littérature et de la peinture. L'Harmattan, 2008, 303 p.

Cherchez dans ce blog