Proust pour les nuls

4 février 2011
Par Annie Mavrakis

Je n’aurais jamais songé à parler de ce téléfilm – ni même à le regarder – si des journalistes, sans doute soulagés de voir l’auteur de la Recherche soudain mis à leur portée, n’en avaient fait l’éloge. Nina Companeez faisant mieux que Visconti, Schlöndorf ou Ruiz ? On est tout de même curieux de voir ça… L’ensemble, malgré Eric Ruf élégant et désabusé (Swann, une seule trop brève apparition), malgré aussi l’étonnant Charlus de Didier Sandre (que fait le grand acteur vitezien dans une pareille galère ?), est exaspérant de sottise satisfaite. Tout le monde minaude, même la grand-mère du narrateur qui n’est bien qu’au moment de son agonie. Dominique Blanc en Mme Verdurin devenue princesse de Guermantes est impayable. Le pire est Micha Lescot qui...
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Encore un sonnet de Borges : « Echecs » II

4 février 2011
Par Annie Mavrakis
Encore un sonnet de Borges : « Echecs » II

Je ne résiste pas au plaisir de recopier le deuxième sonnet sur les échecs dans la traduction cette fois encore de Jacques Ancet. Et j’en profite pour reproduire cette photo de Borges, en roi inattendu de l’échiquier poétique…                                                                                              Roi faible, torve fou, et acharnée, La reine, tout directe et pion malin Sur le noir et le blanc de leur chemin Cherchent et se livrent un combat concerté.    Ils ne connaissent pas la primauté De la main qui gouverne leur destin, Ils ignorent qu’une rigueur sans frein Commande leur journée, leur liberté     Le joueur lui aussi est prisonnier (Omar l’a dit) d’un tout autre échiquier...
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Un tercet de Yeats (pour servir d’exergue)

4 février 2011
Par Annie Mavrakis

  Sur notre temps asphyxié et asphyxiant : ce tercet intitulé « Trois mouvements », trouvé dans L’Escalier en spirale et autres poèmes (traduction J.-Y. Masson, chez Verdier, p 48-49) : « Sakespearian fish swam the sea, far away from land; Romantic fish in nets coming to the hand; What are all those ffish that lie gasping on the strand? » (Le poisson shakespearien nageait en pleine mer, loin de la terre; Le poisson romantique nageait dans les filets ramenés à la main; Quels sont tous ces poissons qui gisent suffoquant sur le rivage?)
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« and what rough beast… » Bacon/Yeats (traduit par Bonnefoy)

26 janvier 2011
Par Annie Mavrakis
« and what rough beast… » Bacon/Yeats (traduit par Bonnefoy)

 Je suis, comme beaucoup, une grande admiratrice des traductions d’Yves Bonnefoy, en particulier celles à partir de l’anglais que je connais mieux que les traductions de Pétrarque ou de Leopardi. Un heureux hasard a voulu que  je tombe sur sa traduction de « The second coming », un poème datant de 1919 dont Francis Bacon citait souvent les deux derniers vers :   »And what rough beast, its hour come round at last, / Slouches towards Bethlehem to be born?«  .Vers mystérieux et inquiétants, particulièrement si on les associe à Bacon, à ses Erynies et autres figures hybrides, à l’atmosphère de cauchemar de certains de ses tableaux. Mais il faut lire le poème tout entier pour mesurer la puissance étrange de ce texte et son caractère incroyablement « baconien ». Le voici donc,...
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Autour d’un sonnet de Jorge-Luis Borges (« Ajedrez I »)

20 janvier 2011
Par Annie Mavrakis
Autour d’un sonnet de Jorge-Luis Borges (« Ajedrez I »)

Il faut lire ce beau recueil de 99 poèmes de Borges paru récemment chez Gallimard (Du monde entier). Non seulement parce qu’il permet à ceux qui la connaissent mal (j’en fais partie) de découvrir la poésie de cet auteur. Mais aussi à cause de l’excellente préface du traducteur, Jacques Ancet. Il se trouve que la publication par Yves Bonnefoy d’un recueil de « sonnets » a remis à l’ordre du jour la question (le mystère) de l’incroyable résistance de cette forme fixe, qui a survécu imperturbablement au naufrage de toutes les règles poétiques : parfois intacte, mallarméenne jusque chez les surréalistes, parfois privée de quelques-uns de ses traits distinctifs (remplacement des rimes embrassées des quatrains par des rimes croisées, ou changement de rimes (ABBA-CDDC), ou même abandon de l’isométrie, voire...
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Un rêve de Stavroguine (Claude Lorrain chez Dostoïevski)

3 janvier 2011
Par Annie Mavrakis
Un rêve de Stavroguine (Claude Lorrain chez Dostoïevski)

   Je suis tombée il y a peu sur ce passage étonnant des Démons de Dostoïevski, qui n’est pas un auteur particulièrement intéressé par la peinture, du moins à ma connaissance. Voyageant en Allemagne, Stavroguine passe par hasard dans une petite ville où il est contraint de s’arrêter quelques heures. Il revoit alors en rêve un tableau de Claude Lorain (ci-dessous avec le texte de Dostoïevki) apparemment idyllique, « enchanteur », un coin en somme de « paradis terrestre » et qui pourtant semble appartenir à la réalité. Or si l’on connaît l’histoire d’Acis et Galatée, on ne regarde pas sans inquiétude cette vision délicieuse. Le géant Polyphème  va bientôt la dévaster. Voilà pourquoi ce rêve merveilleux tourne au cauchemar. Il se dissipe en effet et il ne reste...
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LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

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