Le Temps dédoublé (suite : une image du XVe siècle)

17 décembre 2010
By Annie Mavrakis

Danse macabre du XVe siècle (BN) 

J’ai fait remarquer dans un précédent article qu’à un certain moment dans l’histoire de l’art l’allégorie du Temps (souvent munie des mêmes attributs que la Mort) est relayée en peinture par une figure plus quotidienne, voire plus motivée, de vieille femme. Plus motivée puisque facilement contextualisable, les situations ne manquant pas où une telle vieille ait des raisons de se trouver à proximité d’unejeune femme. Il y a d’ailleurs des représentations médiévales (ou des textes, voir l’article sur ce blog) où la vieille est perçue comme une incarnation « active » du Temps et pas seulement comme sa victime. Je pense que le glissement peut s’expliquer par des images comme celle que l’on peut voir ci-dessus. La Mort s’en prend non à une jeune fille, comme chez Baldung Grien, mais à une vieille femme. Or deux motifs associés peuvent devenir interchangeables : ici, la Vieille deviendrait l’allégorie de la Mort et de son double iconographique : le Temps.
Notons aussi le caractère réaliste de la représentation, typique de l’art septentrional, n’empêche pas le symbole de « prendre ». La Mort ressemble à un cadavre a moitié décomposé sorti de sa tombe; on ne sait si cet être est de sexe féminin (comme dans les langues latines) ou masculin (comme en anglais ou en allemand) : il n’arbore en outre aucun des accessoires de son « état », notamment la faux. Quant à la vieille, elle l’est emphatiquement : visage creusé, rides, posture courbée, canne. Pourtant la dimension allégorique de l’image ne fait aucun doute.  

 

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4 Responses to Le Temps dédoublé (suite : une image du XVe siècle)

  1. Eggers on 18 novembre 2011 at 19 h 38 min

    Bonjour,
    je ne comprends pas du tout sur quoi vous appuyez votre idée de la vieille femme comme dédoublement du squelette…
    en quoi ne serait-elle pas une vieille femme comme une autre puisque les danses macabres du moyen-âge présentent la femme sous divers aspects (jeune, vieille, mère, bourgeoise, noble) afin de compléter l’éventail social et donner prétexte à des interprétations morales et moralisantes au public de l’époque…
    même si la mort en français est un nom féminin il n’y a aucun rapport cependant avec le sexe présenté du squelette dans les oeuvres macabres… on trouve dans certaines danses des squelettes femmes mais ce sont de rares exceptions et sans rapport avec le genre du mot.
    les oeuvres de Baldung Grien sont très spéciales et nettement novatrices et présentent seulement des jeunes filles tandis que les danses macabres présentent hommes et femmes de tous âges et de toute condition je ne comprends donc pas le parallèle.
    On ne trouve de rapport entre le temps et la vieille femme que dans ses oeuvres présentant les trois âges de la femme et illustrant le caractère vain de l’orgueil de la beauté et de la jeunesse.
    la caractère réaliste des oeuvres et des personnages n’est typique dans l’art septentrional qu’a une certaine époque et surtout grâce à l’art flamand qui a influencé l’art français et l’art italien à partir de la renaissance.

    fanyeggers@gmail.com

  2. Eggers on 18 novembre 2011 at 20 h 07 min

    La mort au moyen-âge n’est pratiquement jamais représentée sous les traits d’une vieille femme, en littérature oui mais très rarement en peinture. Dans les thèmes macabres tels que la danse macabre, le triomphe de la Mort, la jeune fille et la Mort, on ne trouve que des squelettes, jamais de vieille femme pour représenter la mort. Les imaginations sont libres mais la peinture est beaucoup plus codifiée que la littérature pour traduire des images, des idées, il faut que les gens de l’époque puissent distinguer clairement les personnages, les identifier visuellement et pour ça des codes peu changeants sont nécessaires. le moyen-âge et le XVIème siècle ne connaissent que peu de changements quant aux traditions iconographiques de la mort.

  3. Annie Mavrakis on 9 décembre 2011 at 14 h 23 min

    Il ne me semble pas avoir prétendu que la Mort prenait au moyen-âge la figure d’une vieille femme. La vieille m’apparaît en quelque sorte comme un complément de l’allégorie classique du Temps ailé : complément apparu en contexte « réaliste » et dont la présence est toujours motivée (mère, servante, etc.). La beauté avec son ombre la vieillesse comme dans la poésie du moyen-âge que je cite. La multiplication des vieilles associées à des jeunes femmes hors de toute allégorie des « âges de la vie », par exemple dans la « Judith » et les « Salomé », voire la « Décollation » du Caravage pourrait bien s’expliquer ainsi. Là où il serait tout à fait déplacé de figurer le vieux Chronos, on met une vieille comme memento mori.Par ailleurs vous savez que les allégories de la Mort et du Temps partagent plusieurs motifs (faux, sablier, etc.).
    L’association de la vieillarde médiévale au vieillard Temps antique est attestée – quoique rarement – notamment dans un beau tableau de Pompeo Batoni, sur lequel j’aurai l’occasion de revenir. Ce qui m’a amusée dans cette image du XVe siècle est de trouver la vieille aux côtés, non du Temps, mais de la Mort. Je ne sais guère pour le moment ce qu’il faut en conclure. Il faudrait trouver d’autres représentations. Je me contente de signaler une bizarrerie iconographique qui semple confirmer à l’avance mon hypothèse, sans plus.

  4. Favre on 27 avril 2015 at 11 h 56 min

    Bonjour
    pouvez vous être plus précise quant à l’intitulé de cette image (Danse macabre du XVe siècle (BN) )est ce un manuscrit auquel cas quelle est la coteet y a t il d’autres images s’il s’agit d’une danse macabre
    Merci d’avance
    Cdt

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