Le monde de Félix Vallotton

17 janvier 2014
By Annie Mavrakis


Je ne résiste pas au plaisir de reproduire quelques tableaux de ce peintre dont je n’aime pas tout mais qui à mes yeux incarne une résistance du même ordre que celle de son contemporain Hopper à  « la perte de l’image » (titre d’un livre de Peter Handke). Résistance au discours culpabilisant (la figuration comme consentement à l’ordre établi selon André Breton), refus de l’écran aseptisé, déshumanisé, schématique, tristement autoréférentiel, qui a nom peinture désormais mais ne saurait parler de nos désirs et de nos peurs, ni se mêler de beauté. De beauté il est partout question chez Vallotton : beauté de l’Africaine exhibant tranquillement ses seins et jouissant du satin jaune de sa jupe et de l’étoffe rayée nouée avec art sur sa tête ; beauté bien différente de l’Européenne qui s’est à peine rajustée pour être décente mais a quand même pris le temps de coiffer l’extravagant chapeau dont elle aussi jouit, pas de doute. Quelle chance que Vallotton ait besoin des formes de notre monde et même de ses anecdotes pour affirmer sa singularité, qui est grande.  Je ne sais ce que les commissaires de l’exposition ont voulu faire entendre par ce titre « Le feu sous la glace » ou plutôt je le devine : « glace » sans doute de la facture (surtout éviter de parler d’académisme!) et « feu » : passion, subjectivité, bref ce qui est susceptible, j’imagine, de sauver l’artiste.
Peinture et monde : liaison et déliaison. C »est aussi parce que Vallotton s’inscrit dans l’histoire de la peinture qui l’a précédé que son usage de la couleur nous paraît si audacieux (ah! ces jaunes et ces violets, ces rouges et ces verts, le tissu orange sur la tête de la « Noire »), ses formes d’une simplicité si élégante, ses portes ouvertes si mystérieuses, ses fonds à la David (celui du portrait au chapeau violet, par exemple) si réussis. En regardant ses toiles, nous pensons à Delacroix ou à Ingres (il se réfère explicitement à celui pour qui « le dessin est la probité de l’art »), mais aussi à Hammerschoi, à Hopper dont il est proche. Et quant à moi, je le préfère quand il place haut ses exigences comme dans ces quatre tableaux, parmi mes préférés de l’exposition.

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