Je suis tombée il y a peu sur ce passage étonnant des Démons de Dostoïevski, qui n’est pas un auteur particulièrement intéressé par la peinture, du moins à ma connaissance. Voyageant en Allemagne, Stavroguine passe par hasard dans une petite ville où il est contraint de s’arrêter quelques heures. Il revoit alors en rêve un tableau de Claude Lorain (ci-dessous avec le texte de Dostoïevki) apparemment idyllique, « enchanteur », un coin en somme de « paradis terrestre » et qui pourtant semble appartenir à la réalité. Or si l’on connaît l’histoire d’Acis et Galatée, on ne regarde pas sans inquiétude cette vision délicieuse. Le géant Polyphème va bientôt la dévaster. Voilà pourquoi ce rêve merveilleux tourne au cauchemar. Il se dissipe en effet et il ne reste...
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Je ne voudrais pas aborder l’année 2011 sans avoir dit quelques mots du merveilleux film de Bergman, téléfilm (!) de 1997 post scriptum tardif et magistral de l’oeuvre du cinéaste suédois, montré à Cannes en 1998 mais non distribué, sinon très récemment dans peu de salles. Le titre du scénario initial était S’agite et se pavane (« La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui s’agite et se pavane une heure sur scène et qu’ensuite on n’entend plus »), citation de Macbeth placée en exergue du film. L’histoire, en apparence assez funèbre (deuils, folie, échecs, etc.), met pourtant le spectateur dans un état proche de l’euphorie, Bergman renversant joyeusement tous les clichés. Même les catastrophes finissent bien : un incendie dans un cinéma improvisé causé par...
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Dans la courte préface de son dernier recueil, Bonnefoy évite d’utiliser à propos des poèmes qui le composent le mot de « sonnet », préférant parler de « quatorze vers distribués en deux quatrains et de deux tercets ». Ce « parti prosodique » lui a semblé, explique-t-il, un dispositif propice à faire surgir de l’imprévisible, à défaire les choses sues. Quand, cependant, on l’interroge sur l’utilisation d’une « forme qui rappelle le sonnet » (dans Elle), il admet (anticipant peut-être un reproche ?) l’employer pour ce qu’elle lui « permet de comprendre » : « Le sonnet? Une telle bêche qui a fait ses preuves à travers les siècles. Je l’emploie, mais pour rien qu’un moment d’expérimentation, ce n’est pas lui qui m’importe, mais ce qu’il me permet de comprendre. Il y a des contraintes...
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Danse macabre du XVe siècle (BN) J’ai fait remarquer dans un précédent article qu’à un certain moment dans l’histoire de l’art l’allégorie du Temps (souvent munie des mêmes attributs que la Mort) est relayée en peinture par une figure plus quotidienne, voire plus motivée, de vieille femme. Plus motivée puisque facilement contextualisable, les situations ne manquant pas où une telle vieille ait des raisons de se trouver à proximité d’unejeune femme. Il y a d’ailleurs des représentations médiévales (ou des textes, voir l’article sur ce blog) où la vieille est perçue comme une incarnation « active » du Temps et pas seulement comme sa victime. Je pense que le glissement peut s’expliquer par des images comme celle que l’on peut voir ci-dessus. La Mort s’en prend non à une jeune fille, comme...
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Etude de George Dyer assis On trouve dans ce tableau non seulement une « étude » de GD tel qu’il a été photographié, en slip, la jambe droite ramenée sur la gauche, c’est-à-dire un portrait au sens baconien du terme mais aussi une image véritablement mythologique. Rien n’est à considérer ici comme anecdotique en effet. Le journal froissé est apparu dans les toiles après le suicide de George Dyer. Je le tiens pour la version baconienne de l’oracle antique, aussi incompréhensible que celui que prononçait la Pythie et aussi inévitable que lui. A partir d’un certain moment l’image de GD apparaît avec l’annonce de sa mort dans le journal mais nul ne peut la déchiffrer encore. La figure assise est au centre d’un cercle qui est encore une...
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Pour le plaisir de retrouver l’auteur des sublimes Planches courbes, ce sonnet extrait de Raturer outre qui vient de paraître chez Galilée : Une photographie Quelle misère, cette photographie! Une couleur grossière défigure Cette bouche, ces yeux. Moquer la vie Par la couleur, c’était alors l’usage. Mais j’ai connu celui dont on a pris Dans ces rets le visage. Je crois le voir Descendre dans la barque. Avec déjà L’obole dans sa main, comme quand on meurt. Qu’un vent se lève dans l’image, que sa pluie La détrempe, l’efface! Que se découvrent Sous la couleur les marches ruisselantes! Qui fut-il? Qu’aura-t-il espéré? Je n’entends Que son pas qui se risque dans la nuit, Gauchement, vers en bas, sans main qui aide. (paru dans Le Monde...
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