« Un amour de jeunesse » de Mia Hansen Love

7 juillet 2011
Par Annie Mavrakis

Méfiez-vous des critiques qui, soit ne voient pas les films et en parlent par ouï-dire, soit ont décidé à l’avance que ce serait des chefs-d’oeuvre (voir le cas du Gamin au vélo, qui est un petit film, d’ailleurs idéologiquement douteux)  et (soyons charitable) s’aveuglent complètement. Je ne veux pas savoir à quelle catégorie appartient l’auteur du dithyrambe publié par Télérama sur Un amour de jeunesse mais vraiment, il faut n’avoir rien vu pour encenser un navet que rien ne sauve : ni le jeu, au mieux convenu mais plus souvent pitoyable, comme celui de l’amant vaguement exotique de la lycéenne – non, des amants exotiques puisque le second est norvégien! -, ni les lieux, d’un boboïsme confondant : atelier chic relooké par un architecte, vieilles pierres type Marie-Claire maison, etc. Et l’indigence des dialogues!...
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Le surendettement chez Balzac et…Fassbinder

22 mai 2011
Par Annie Mavrakis
Le surendettement chez Balzac et…Fassbinder

  Le hasard des lectures m’a fait tomber sur le passage de Melmoth réconcilié (reproduit ci-dessous) juste après avoir vu le téléfilm réalisé par Fassbinder en 1976 et qui sort ces jours-ci dans les salles : Je veux seulement que vous m’aimiez. Or dans le récit de Balzac comme dans le poignant mélodrame du cinéaste allemand, il est question de ce qu’on appelle aujourd’hui le surendettement et qui n’est finalement que le processus par lequel se rémunère le manque d’amour. Quand Castanier, ancien militaire devenu le caissier de confiance de Nucingen, gros quincagénaire dont la tête ressemble à un potiron et Peter le beau maçon prêt à tout pour être aimé de ses parents rencontrent l’âme soeur, rien n’est assez beau pour la femme qui les dédommage enfin. Peter, qui a construit...
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La peinture de Francine Van Hove

19 mai 2011
Par Annie Mavrakis
La peinture de Francine Van Hove

Bien que le tableau ci-dessus ne soit pas exposé actuellement à la Galerie Blondel, je l’ai choisi parce qu’il illustre bien ce qui depuis longtemps m’enchante chez ce peintre. Ses cadrages, ses figures féminines mélancoliques, son coloris délicat, des gris et des blancs sur lesquels tranche parfois un bleu sombre (comme ici) ou un noir et surtout sa lumière à la fois vraie et très étrange. Dans l’exposition qui se tient actuellement, rue Vieille-du-Temple, « Matins », cette sobriété septentrionale (on pense à Hammershoi) est relevée par quelques taches de couleur vive, piles de coussins sur lesquels ses personnages appuient leur tête, turbans ou broderies d’un châle Second Empire de soie blanche. Cette fois, les modèles sont moins rêveurs qu’absorbés dans la contemplation d’un spectacle, et alors comme absents d’eux-mêmes et – plus qu’à l’ordinaire...
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Un sonnet cubiste d’Aragon

18 mars 2011
Par Annie Mavrakis

« Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques », disait André Chénier. Voici un bel exemple de collision/collusion du moderne et de l’ancien tous deux à leur comble : sonnet virtuose, à la fois précis et délicieusement décalé, avec ses alexandrins improbables (Brno : 1 ou 2 syllabes?) et retombant artistiquement sur leurs pieds ; collage jubilatoire d’éléments hétéroclites, « pot-pourri » conforme au programme annoncé par le titre puisque cet hymne à la radio convoque l’ancienne prosodie avec ses diérèses, ses -e articulés devant consonnes et ses liaisons, la mythologie, la géographie de guerre et ses noms propres imprononçables, la publicité, les sigles, etc.  Et le plaisir naît précisément de ce jeu avec les codes familiers qu’il faut connaître à fond pour ainsi détourner. On se délecte en particulier de la rime...
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Autour de « La Figure du Monde » : ut pictura poesis et ressemblance

13 mars 2011
Par Annie Mavrakis

Voici le texte de la conférence donnée le 12 mars 2011 au séminaire de l’Atelier de Recherche Clinique et Conceptuelle animé par Olivia Todisco (Association Psychanalytique de France) autour de l’image et du mot. Cette séance était consacrée à une présentation de mon livre La Figure du Monde (paru chez L’Harmattan en 2008). A la demande d’Olivia Todisco, j’ai proposé un historique rapide de l’Ut pictura poesis (tiré pour l’essentiel de la première partie du livre) ainsi que quelques réflexions sur la représentation et la délégitimation de la figuration, envisagées au travers du concept de « ressemblance ». Je dirai pour commencer un mot sur le projet de ce livre. Ce qui m’a frappée quand j’ai commencé à travailler sur des œuvres littéraires particulières, comme celle de Proust, de...
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Relisant « Le Roi vient quand il veut » de Pierre Michon

8 février 2011
Par Annie Mavrakis

Relisant Le Roi vient quand il veut, recueil d’entretiens donnés par Pierre Michon (Albin Michel, 2007, récemment réédité en poche) pour un article en cours,  je suis frappée de nouveau par la richesse de ce livre, par la pertinence des questions posées. On est loin du journalisme ressassant. Michon y parle avec précision de son travail, de la façon dont, avec Les Vies minuscules, il a « sauvé sa peau », de certains de ses projets, du « roi » littérature, qui « vient quand il veut ». On apprend qu’il ouvre des carnets pour chaque livre et comment il les utilise puisqu’il en commente plusieurs pages (reproduites au chapitre 21). C’est absolument fascinant ce terreau littéraire de phrases, de rapprochements inattendus, de mots mis en attente : termes de métier dont la...
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LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

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