Devant le tableau : une lecture des « Onze » de Pierre Michon (« Poétique » n°161)

12 août 2011
Par Annie Mavrakis
Devant le tableau : une lecture des « Onze » de Pierre Michon (« Poétique » n°161)

  « Qu’est-ce qu’un grand peintre ? » se demandait Pierre Michon au temps de Maîtres et Serviteurs. De quoi est faite l’exception mystérieuse qui constitue un maître ? Comment devient-on Goya, Watteau, Van Gogh ? Dans Les Onze, l’auteur semble revenir sur cette énigme lorsqu’évoquant « cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres », il glisse le nom du personnage fictif des Onze dans la litanie de ceux qui sont « plus qu’ils ne furent » : « Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh » (pp. 65-66). Est-ce à dire que l’ancien questionnement reste à l’ordre du jour ? Certes, le lecteur de Michon croit se trouver dès les premières pages...
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Nouvelles réflexions sur « Raturer outre » (en réponse à Egolithe)

26 juillet 2011
Par Annie Mavrakis

Mon petit texte sur Raturer outre écrit certainement trop vite – le blog est pour moi un lieu de réactions quasi instantanées, textes d’humeur ou déclarations d’amour, alors que ce qui est destiné à la publication, livres ou articles, est plus longuement médité – a attiré l’attention d’autre un amateur de poésie à l’étrange pseudonyme gréco-latin ou chrétien (Ego-lithe = « je suis Pierre » ?). Il y répond par deux textes intéressants que je n’ai eu que très récemment le temps de regarder en détail. Les objections et les précisions d’Egolithe (notamment sur les sonorités) sont généralement justes et je le remercie de les avoir formulées. En  attendant un prochain texte sur Bonnefoy qui est pour moi, dans ses poèmes et ses essais, la référence absolue,...
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Pourquoi je n’aime pas Lucian Freud

22 juillet 2011
Par Annie Mavrakis

Je n’ai jamais eu envie d’écrire sur Lucian Freud et encore moins après la grande expo de Beaubourg, qui m’a confirmée dans mon indifférence à l’égard de ce peintre. Mais comme il vient de mourir et que l’on entend son éloge sur toutes les ondes – en attendant la presse -,  je m’interroge sur les raisons pour lesquelles cette œuvre figurative me laisse si froide alors que celle des deux artistes qu’on lui associe habituellement, Bacon et Giacometti me touche énormément et m’intéresse, surtout celle de Bacon, à laquelle j’ai consacré plusieurs textes (et un livre non publié). J’ai regardé attentivement les tableaux de Freud à Beaubourg. Certains ont quelque chose sans doute, qui va au-delà de l’impression générale déprimante qui ressort de l’ensemble....
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« Un amour de jeunesse » de Mia Hansen Love

7 juillet 2011
Par Annie Mavrakis

Méfiez-vous des critiques qui, soit ne voient pas les films et en parlent par ouï-dire, soit ont décidé à l’avance que ce serait des chefs-d’oeuvre (voir le cas du Gamin au vélo, qui est un petit film, d’ailleurs idéologiquement douteux)  et (soyons charitable) s’aveuglent complètement. Je ne veux pas savoir à quelle catégorie appartient l’auteur du dithyrambe publié par Télérama sur Un amour de jeunesse mais vraiment, il faut n’avoir rien vu pour encenser un navet que rien ne sauve : ni le jeu, au mieux convenu mais plus souvent pitoyable, comme celui de l’amant vaguement exotique de la lycéenne – non, des amants exotiques puisque le second est norvégien! -, ni les lieux, d’un boboïsme confondant : atelier chic relooké par un architecte, vieilles pierres type Marie-Claire maison, etc. Et l’indigence des dialogues!...
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Le surendettement chez Balzac et…Fassbinder

22 mai 2011
Par Annie Mavrakis
Le surendettement chez Balzac et…Fassbinder

  Le hasard des lectures m’a fait tomber sur le passage de Melmoth réconcilié (reproduit ci-dessous) juste après avoir vu le téléfilm réalisé par Fassbinder en 1976 et qui sort ces jours-ci dans les salles : Je veux seulement que vous m’aimiez. Or dans le récit de Balzac comme dans le poignant mélodrame du cinéaste allemand, il est question de ce qu’on appelle aujourd’hui le surendettement et qui n’est finalement que le processus par lequel se rémunère le manque d’amour. Quand Castanier, ancien militaire devenu le caissier de confiance de Nucingen, gros quincagénaire dont la tête ressemble à un potiron et Peter le beau maçon prêt à tout pour être aimé de ses parents rencontrent l’âme soeur, rien n’est assez beau pour la femme qui les dédommage enfin. Peter, qui a construit...
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La peinture de Francine Van Hove

19 mai 2011
Par Annie Mavrakis
La peinture de Francine Van Hove

Bien que le tableau ci-dessus ne soit pas exposé actuellement à la Galerie Blondel, je l’ai choisi parce qu’il illustre bien ce qui depuis longtemps m’enchante chez ce peintre. Ses cadrages, ses figures féminines mélancoliques, son coloris délicat, des gris et des blancs sur lesquels tranche parfois un bleu sombre (comme ici) ou un noir et surtout sa lumière à la fois vraie et très étrange. Dans l’exposition qui se tient actuellement, rue Vieille-du-Temple, « Matins », cette sobriété septentrionale (on pense à Hammershoi) est relevée par quelques taches de couleur vive, piles de coussins sur lesquels ses personnages appuient leur tête, turbans ou broderies d’un châle Second Empire de soie blanche. Cette fois, les modèles sont moins rêveurs qu’absorbés dans la contemplation d’un spectacle, et alors comme absents d’eux-mêmes et – plus qu’à l’ordinaire...
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Ouvrage paru

Annie Mavrakis, La Figure du monde. Pour une histoire commune de la littérature et de la peinture. L'Harmattan, 2008, 303 p.

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