« Pierre Michon, un portrait » de Sylvie Blum (2)

Voici, comme dans l’article précédent, quelques captations du film de Sylvie Blum. L’idée est de restituer dans la mesure du possible le propos lui-même (la légende des photos) avec ce qui l’accompagne : regards, posture, gestes, cadre. Par commodité, j’opère des regroupements qui peuvent reprendre ou non les mots-pistes lancées par Sylvie Blum. J’y ajoute quelques réflexions recoupant ou prolongeant ce que j’ai pu écrire par ailleurs, notamment dans L’atelier Michon.

AUTOBIOGRAPHIE

L’image ici, avec sa légende (« l’autobiographie ») renvoie à la maison natale des Cards, où est tourné le documentaire. L’intention n’est nullement descriptive, on ne saura guère à quoi ressemble ce lieu, que sa version mythique a de toute façon précédé, du moins pour le lecteur de Vies minuscules). C’est de là qu’a surgi la révélation que la voie n’était pas à chercher au-dehors, selon la prescription des maîtres (en particulier l’usage de la troisième personne par Kafka). Les tentatives antérieures au premier livre ont échoué parce qu’il fallait en passer par la première personne, même déguisée. Non pour faire un quelconque « récit de vie », même si les « données » biographiques importent. La « corne de taureau » leirisienne, est toujours là, rien n’est jamais résolu. Il s’agit de comprendre d’où on écrit, dans quel risque permanent (et nécessaire) d’échouer.

captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Je peux faire de moi un objet épique »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« L’autobiographie »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Le je remet les choses à leur place. »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Dans beaucoup de mes textes, il y a un « je », un faux narrateur »

ÉCRIRE

Longtemps l’aspirant écrivain mis en scène dans Vies minuscules a cru que, comme pour son « double » Roland Bakroot, la littérature se déroberait toujours, que la langue lui serait toujours étrangère. Crainte exprimée vers la fin du livre, à une période où l’Écrit lui a été donné. « Coquetterie » ou superstition?

captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Si l’Écrit t’est donné, il ne te donnera rien. » (Vies minuscules)
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« J’écris ça aux trois quarts de Vies minuscules. L’Écrit m’a déjà été donné et c’est une coquetterie.« 
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Quand j’ai écrit la première page, je me suis dit : ça y est! »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Ecrire, c’est une liturgie »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Il faut que je sois pris dans cette sorte d’urgence et de mise en scène de moi-même »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Des écritures de crête… »

LE « SECRET DU MONDE« 

Écrire pour un auteur comme Michon, c’est établir un contact avec le monde, pour en « rendre compte ». Avant Vies minuscules, son « seul contact avec le monde était un isolement pathologique » comme le lui a fait comprendre la lecture d’Absalon, Absalon! de Faulkner. Les épisodes où le monde fait signe sont parmi les plus intenses de Vies minuscules : la transfiguration de la grand-mère maternelle un matin dans une chambre ressemblant à un tableau de Van Gogh, l’apparition dans un jardin de banlieue de la « petite morte » rimbaldienne.

captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Mon seul contact avec le monde était un isolement pathologique »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« C’est l’énigme qui fait que l’homme, au lieu de faire des choses utiles tout le temps, fait des choses qu’il appelle belles »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
 » l’existence du monde, dont je dois aussi rendre compte. »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Le matin, il y a un face à face entre le monde et vous. »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Je ne trouverai pas le secret du monde dans un livre »

CRIME / FAULKNER /DOSTOÏEVSKI

« Un petit truc autobio » : Michon se souvient qu’avant Vies minuscules, il était terrifié à l’idée de devenir un criminel. Qu’écrire vienne « à la place » d’un crime et « sauve la vie », ce n’est pas seulement vrai pour lui puisqu’il se pose la question à propos de Faulkner (« un meurtrier qui n’a pas tué) et de Dostoïevski.

captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Crime : je ne sais pas par quoi commencer. On peut faire un petit truc autobio? »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« À la place est venu Vies minuscules, ça tient la place d’un meurtre. »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Cette pulsion criminelle m’a quitté quand j’ai écrit Vies minuscules« 
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Faulkner est un meurtrier qui n’a pas tué et ça c’est extraordinaire, ça sauve la vie »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Faulkner n’avait pas complètement réglé son besoin de tuer, je crois »

LA MÈRE

captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Il faut que je fasse un 2e volet [de Vies minuscules, qui est sur la question du père], qui soit une plongée dans la question de la mère »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« et quand elle disait : je les ai tracées les routes avec mon solex…c’était presque trop! »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« je dis le poème jusqu’au bout comme il doit être dit, dans les larmes »

Le poème que Michon dit devant le corps de sa mère est la Ballade des pendus de Villon

Frères humains, qui après moi vivez

N’ayez les coeurs contre moi endurcis

Car si pitié de nous pauvres avez

Dieu en aura plus tôt de vous merci.

LE PÈRE

C’est-à-dire l’Absent. Michon partage avec Sartre la jubilation d’être sans père, tout en étant conscient d’une anomalie dangereuse. Il n’a jamais voulu connaître son père, a refusé son héritage quand il est mort. Mais il rappelle qu’il était borgne comme Hannibal, Philippe-Auguste ou Mosché Dayan) et que sa grand-mère – qui ne lui parlait jamais de lui – lui interdisait de jouer au lance-pierre car c’est ainsi que son père avait perdu un oeil.

captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Donc, le Père… »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« L’absence du père a été une chance extraordinaire. »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Mais il y a un purgatoire à passer, il faut purger l’absence du père. »
captation du film de Sylvie Blum : "Pierre Michon, un portrait"
« Je suis heureux de ne pas être devenu fou ou assassin : c’est la forclusion du Nom-du-Père, ça fait les psychotiques. »

About Annie Mavrakis

Agrégée de lettres et docteur en esthétique, Annie Mavrakis a publié de nombreux articles ainsi que deux livres : L'atelier Michon (PUV, février 2019) et La Figure du monde. Pour une histoire commune de la littérature et de la peinture (2008).

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