Proust pour les nuls

4 février 2011
By Annie Mavrakis

Je n’aurais jamais songé à parler de ce téléfilm – ni même à le regarder – si des journalistes, sans doute soulagés de voir l’auteur de la Recherche soudain mis à leur portée, n’en avaient fait l’éloge. Nina Companeez faisant mieux que Visconti, Schlöndorf ou Ruiz ? On est tout de même curieux de voir ça… L’ensemble, malgré Eric Ruf élégant et désabusé (Swann, une seule trop brève apparition), malgré aussi l’étonnant Charlus de Didier Sandre (que fait le grand acteur vitezien dans une pareille galère ?), est exaspérant de sottise satisfaite. Tout le monde minaude, même la grand-mère du narrateur qui n’est bien qu’au moment de son agonie. Dominique Blanc en Mme Verdurin devenue princesse de Guermantes est impayable. Le pire est Micha Lescot qui croit peut-être jouer les hypersensibles en ouvrant constamment des yeux effarouchés, en souriant toutes grandes dents dehors quand il est content, en boudant dès qu’on le contrarie. Il faut le voir marcher fesses serrées (?), ses grandes mains croisées sur ses cuisses, presque toujours voûté, à croire qu’il n’a jamais vu de photos de l’auteur. Mais qu’attendre d’une réalisatrice qui avoue avoir éliminé Du côté de chez Swann parce qu’il ne s’y passe rien et qui cherche « à rendre Proust aussi accessible et séduisant que possible »?
Proust, cette accumulation de scènes mondaines de téléfilm (on a fait travailler les costumiers et les décorateurs!) ponctuées de scènes érotiques floutées à la David Hamilton? Non, mais la télé se voulant « culturelle ». Car on révise ! L’atelier d’Elstir (mais Bergotte a disparu, comme ont disparu toutes les préoccupations littéraires qui sont l’horizon de la Recherche), le bourdon Jupien, les pavés de Guermantes et ceux de Venise, le cruel duc affirmant à Swann mourant qu’il les enterrera tous, la maison de passe où le narrateur voit Charlus se faire fouetter, la fille de Saint-Loup prise pour Gilberte, etc.
De quoi ne plus passer pour un ignorant dans les dîners en ville…  

Tags:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

En savoir plus

Commander chez l'éditeur