Le monde de Félix Vallotton

17 janvier 2014
Par Annie Mavrakis
Le monde de Félix Vallotton

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire quelques tableaux de ce peintre dont je n’aime pas tout mais qui à mes yeux incarne une résistance du même ordre que celle de son contemporain Hopper à  « la perte de l’image » (titre d’un livre de Peter Handke). Résistance au discours culpabilisant (la figuration comme consentement à l’ordre établi selon André Breton), refus de l’écran aseptisé, déshumanisé, schématique, tristement autoréférentiel, qui a nom peinture désormais mais ne saurait parler de nos désirs et de nos peurs, ni se mêler de beauté. De beauté il est partout question chez Vallotton : beauté de l’Africaine exhibant tranquillement ses seins et jouissant du satin jaune de sa jupe et de l’étoffe rayée nouée avec art sur sa tête ; beauté bien différente de...
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« Je veux me divertir » de Pierre Michon (Verdier poche)

2 juillet 2013
Par Annie Mavrakis

Pourquoi faire paraître à part « Je veux me divertir », le récit de Maîtres et Serviteurs qui nous montre Watteau à travers les yeux du curé Carreau, l’un de ces « petits personnages » placés de biais, qu’affectionne Michon? Pourquoi défaire l’assemblage signifiant des trois histoires de peintres? Il doit y avoir des raisons d’ordre éditorial – et sans doute la préférence de l’auteur pour ce texte a dû jouer. Je ne veux pas dire que « Je veux me divertir » ne se suffise pas à lui-même. On peut en dire autant de chacune des « vies » michoniennes et d’ailleurs l’habitude est prise, par exemple au théâtre, de  »choisir » parmi elles. Mais  je ne peux m’empêcher de penser que se perd dans cette démarche quelque chose qui précisément tient aux relations souterraines que les récits entretiennent entre eux...
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Le réalisme intempestif d’Edward Hopper

29 novembre 2012
Par Annie Mavrakis
Le réalisme intempestif d’Edward Hopper

  Dans l’Avant-propos du catalogue de la rétrospective Hopper du Grand Palais, Didier Ottinger, commissaire de l’exposition, rappelle que la reconnaissance de l’artiste américain a été relativement tardive. Sa peinture était difficilement acceptable dans le contexte artistique de l’époque, où triomphait un formalisme abstrait « promu, écrit Ottinger, par une critique autoritaire jusqu’au dogmatisme » (cat. p. 16). Coates, critique du New Yorker, la juge  » purement illustrative »» et l’oppose à celle de Pollock. Les adversaires de Hopper ne mâchent pas leurs mots. Pour Clement Greenberg (1946), il  » n’est pas un peintre dans le plein sens du terme, ses moyens sont de seconde main, minables et impersonnels », c’est-à-dire qu’il est « simplement un mauvais peintre  ». Mais certaines circonstances, comme  la promotion de la culture populaire par le Pop art aux...
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La double appartenance de la peinture

1 août 2012
Par Annie Mavrakis
La double appartenance de la peinture

Conférence faite le 12 mai 2012 à l’invitation de l’APF (Association Psychanalytique de France) dans le cadre de la présentation de l’ARCC animé par Olivia Todisco.  Je voudrais dédier cet exposé, dont le titre est emprunté à René Char, aux poètes et écrivains de notre temps pour qui, comme Pierre Michon, « le monde visible existe » : malgré tous les signes de déréliction, de « détresse », malgré le « désastre », à cause du désastre, qui rend nécessaire et désirable une peinture apte à « tenir en respect la barbarie environnante » (Michel Leiris), à témoigner que notre « monde est encore debout », qu’il « n’a pas fait naufrage » comme veut le croire Peter Handke (La Perte de l’image). Ceux surtout pour qui l’invisible, à quoi la peinture a toujours affaire, n’est pas la...
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Le lit de Platon

29 avril 2012
Par Annie Mavrakis

Le texte qui suit est tiré d’une réflexion en cours sur le préjugé platonicien concernant l’image. Il s’agit donc, plutôt que d’une étude construite, d’un ensemble de notes qui seront utilisées par la suite. Dans La République, Platon oppose le lit (ou la cithare ou les rênes ou le mors) confectionné par un artisan à son imitation par un peintre. Certes, ces objets ne sont que des copies de l’Idée (de lit, de rênes, etc.) mais au moins y sont-ils autant que possible conformes et d’ailleurs s’ils ne l’étaient pas leurs utilisateurs protesteraient. Ainsi l’imitation est-elle mise dans une certaine mesure à l’épreuve de la réalité. Il n’en va pas de même pour les productions de la mimésis poétique ou picturale. Selon Platon, leurs...
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« Un chauvin troué par une balle », note sur « Hommage à la Catalogne » d’Orwell

12 février 2012
Par Annie Mavrakis
« Un chauvin troué par une balle », note sur « Hommage à la Catalogne » d’Orwell

     La lecture du dernier livre de J.-C. Michéa (Le Complexe d’Orphée) m’a donné envie de lire Orwell dont je ne connaissais que La Ferme des Animaux et 1984. Le premier livre sur lequel je suis tombée (Hommage à la Catalogne) est certainement l’un des plus impressionnants. Orwell y parle de façon très personnelle et émouvante de son engagement aux côtés des Catalans et de sa participation à la Guerre d’Espagne dans les troupes du P.O.U.M.(Parti ouvrier d’unification marxiste). Orwell n’avait nullement choisi le P.O.U.M par conviction partisane (trotskyste ou autre), pas plus d’ailleurs que bien des miliciens – souvent très jeunes – pour qui ne comptait que la cause de la révolution. Pour s’engager et risquer sa peau, Orwell avait juste eu...
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LA FIGURE DU MONDE

    4e de couverture
Le sort de la peinture importe depuis toujours aux écrivains, qui n’ont jamais interrompu leur dialogue avec les tableaux. L’oeuvre des plus grands d’entre eux, de Diderot, de Balzac, de Zola ou de Proust, en témoigne parmi d’autres.
Mais depuis le XIXe siècle ce dialogue est devenu problématique car la fiction et la représentation, qui définissaient pour la littérature et la peinture un espace d’échange et de partage, ont été progressivement évacuées des arts plastiques...

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