Comment, dans l’imagination des poètes, les mots résonnent-ils avec les choses,comment se travaille pour chacun d’entre eux la coïncidence du signifiant donné, commun, avec un référent lui-même métamorphosé? Bref comment les choses du monde trouvent-elles chaque fois dans le poème un nom spécial, imprévu, irremplaçable? C’est une question rarement traitée par les poètes eux-mêmes, jaloux de sauvegarder ce mystère ou peu curieux peut-être de l’approfondir. On sait que Mallarmé a évoqué, à propos du mot »fleur » qui ne suscite que « l’absente de tout bouquet », l’interruption de la référence, dont il se félicitait d’ailleurs comme d’une condition de l’assomption du signifant poétique. On connaît aussi ses rémarques sur « jour » et « nuit » (voir sur ce point la belle étude de Genette dans Figures II). On doit aussi à Proust des pages éclairantes sur la...
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